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"Il ne faut pas juger les gens sur leurs fréquentations. Juda avait des amis irréprochables." VERLAINE*

jeudi 20 décembre 2012

Lettre à Depardieu.

Cher Gérard Depardieu,

Votre nom est dans ma description sur ce blog. Ca peut ne pas vouloir dire grand chose, mais en réalité ça signifie qu'avant, vous faisiez partie de ma personnalité, ou du moins de sa construction. Pour moi vous êtes un peu Obélix quand j'avais dix ans, ou encore Mammuth quand j'en avais quinze. Mais vous êtes surtout Cyrano, dans la première interprétation de cette tirade géniale, de cette pièce incroyable qui demeure la seule que j'ai lue avant de voir, la seule que j'ai lue avec tant de plaisir alors que j'avais 8 ans. Vous êtes arrivé dans mon tiroir à références au même moment que Gabin, et d'ailleurs c'est vrai que beaucoup vous ont comparé à lui. 

Mais Gabin il serait pas parti. 

Il faut comprendre la place que vous aviez dans ce tiroir à références, ce tiroir à rêves, à modèles... à pères. Oui, vous faisiez partie de mes pères imaginaires, mes pères de substitution, ceux que je dessine quand ça va pas et que j'imagine me consoler quand il fait trop noir la nuit. 

Mais vous partez. 

Et vous quittez également ce tiroir, vous passez à celui du cynisme. Je m'invente un regret, c'est vrai, je m'invente une tristesse. Mais c'est comme ça, j'ai l'impression de vous avoir perdu. Et je pense que je suis pas la seule, et je pense que vous allez me manquer. 

Romane G.




mercredi 19 décembre 2012

Soleil, Italie, glace - anachronique.

Hier soir je suis allée voir le concert de Noël de Radio France. C'était chouette. Mais je veux pas écrire sur ça. Je veux écrire sur ce retour en RER durant lequel il y a eu un tout petit minuscule évènement qui m'a donné envie de... eh bien de tout ce qu'il y a dans le titre. Il y avait une dame, assise à côté de moi, qui sentait la citronnelle. Dans son sac il y avait des draps blancs, qui sentaient la citronnelle. Il était 23h, ça puait la pisse et la fatigue et d'un seul coup, la citronnelle.

Il y a cinq ans, peut-être moins, je suis partie en Italie. Et dans ma chambre il y avait des draps blanc, et une petite bassine pour se laver la figure, avec une petite serviette en coton blanc pour s'essuyer. Je m'étais crue dans le Hussard sur le toit et je m'étais amusée à me laver comme dans la première scène de ce film (référence, référence, quand tu nous tient, cette image est de plus introuvable sur internet, faut regarder le film en entier et lire le roman tant qu'on y est).

Alors j'étais dans le RER et je me rappelais tout ça, et puis après j'ai eu dans le coeur du Paolo Conte, et des envies de soleil mais pas le soleil pâle de l'hiver (très beau en soi, qu'on ne se méprenne pas). Non je voulais le gros soleil bien jaune de l'Italie en été, quand on se promène à Rome et qu'on en peux plus, qu'on a les pieds pleins de poussière et qu'on s'assoit à l'ombre d'une petite église pour déguster une glace. Voilà, j'ai envie de Paolo Conte, mais je retourne aux lumières rouges et vertes, à la nuit dès 17h et à mes maths.


samedi 15 décembre 2012

Nouveau.

Enfin nouveau, j'en sais rien. En tout cas c'est la deuxième fois qu'un de mes projets vidéo est suffisamment abouti pour que je le mette en ligne. D'ici un mois, j'espère pouvoir en mettre un autre et ce sera un vrai court-métrage, un truc qui a été écrit en une nuit et qui est devenu voix, corps, nourriture, image et son. On était d'ailleurs censé le tourner hier soir, mais contretemps. Du coup j'ai fini celui-là. 

Je l'ai revue ce matin en la mettant en ligne, juste après avoir appris ce qu'il s'était passé à Newtown. Et ce qu'il y a dans cette vidéo, c'est finalement peut-être tout ce qu'il se passe dans ma tête à chaque fois que je découvre que l'humanité c'est pas trop trop ça. J'sais pas.  


(par contre la qualité est catastrophique je suis dégoûtée)


dimanche 2 décembre 2012

Lonely Woman.


Racine par la racine, Serge Bourhis

Attention ! Pour une fois je vais être positive sur une pièce, c'est très exceptionnel ! Non pas que je sois un public difficile, c'est juste que d'habitude ici je ne parle que de ce que je n'aime pas. Mais là, je crois qu'il faut que je me force un peu, ils le méritent.

Le charme vient tout d'abord du lieu. Juste derrière Beaubourg, le théâtre Essaion est minuscule et très bien caché - par conséquent c'est avec un immense bonheur qu'on finit par le trouver : ouf, on ne sera pas en retard... ! Tout en pierre de taille, c'est à la fois un cabaret et un théâtre. La salle est sans doute la plus petite que j'ai vue et cela lui confère un charme irrésistible.

Donc premières conditions parfaites... mais rappelons-nous de Dom Juan (et je ressasserai sans cesse cette déception...) ! C'est avec un enthousiasme curieux que je me prépare à regarder (oui, c'est une préparation qui nécessite d'être parfaitement installé et si possible d'avoir le coeur battant). Cette curiosité était en réalité plus proche du scepticisme amusé : me faire aimer Racine, il y allait avoir du boulot... mon dernier souvenir de ce tragédien remontait à l'année dernière, j'avais voulu lire Bérénice et je m'étais ennuyée !... Mais je ne sais pourquoi, j'ai su tout de suite que j'allais pouvoir faire confiance aux comédiens et à la pièce, que ça allait marcher.



Oui dès le début, dès le premier tableau, on sait. On sait que c'est bon, juste. Les effets de mise en scène sont tous réussis bien que réalisés avec trois fois rien. Les blagues sont bien tournées, et les vers de Racine s'élèvent soudain comme si leur véritable nature m'apparaissait enfin. Ce qui fut très beau de la part des comédiens, c'est la facilité qu'ils avaient (surtout une comédienne, Caroline Hartpence) de passer du comique au tragique. Et pas au tragique dramatique, non le vrai tragique avec la fatalité qui écrase les personnages et les rend si beaux. Oui, on a rit et pleuré ce soir-là.



Je reviens sur Caroline Hartpence. Son jeu m'a intriguée. Elle est incontestablement douée. Et lors du dernier tableau, alors qu'elle joue Phèdre dans la célèbre pièce éponyme, alors qu'elle murmure ces mots si puissants: 


" Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue; 
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue; 
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler;
Je sentis tout mon corps et transir, et brûler..."


Des larmes se mettent à couler 
sur ses joues, de vraies belles larmes et elle tremble et c'est vraiment Phèdre qui est là. 




Et en même temps, je n'ai pu m'empêcher de me demander si c'était vraiment ce qu'il fallait faire... pleurer autant ! En faire autant, vraiment c'est ça le théâtre, la tragédie ? 


Bon après je me suis renseignée, elle a fait Acting International et le cours Florent, tu m'étonnes qu'elle sache pleurer. 

C'était émouvant. Peut-être que tant que c'est émouvant, il n'y a pas de reproche à faire aux artifices utilisés pour y parvenir ? Et puis c'était bien écrit et bien mis en scène. Que demander de plus, à part qu'ils jouent au théâtre éphémère et que les Français aillent un peu jouer dans un caveau pour voir ce que ça fait... hum, l'amertume n'est jamais utile, pardon. 




Courez-y, ô vous mes trois lecteurs ! 




dimanche 25 novembre 2012

Il faut que je me choisisse des icônes disponibles...

Il a disparu. Avant j'étais habituée, il postait une fois par mois un article qui tape bien sur son blog. J'arrivais à survivre. Mais avec le Journal de Merde sur le site de Télérama, je me suis faite au rythme d'une publication quotidienne. Tous les jours, j'avais ma dose de Sfar, un peu comme une drogue. Là, plus rien. Plus rien depuis une semaine, et il finit son journal en nous promettant Klezmer 5. Menteur... dès qu'il se met à écrire des histoires il est en retard.

Du coup j'ai plus ma dose de poésie et de moquerie en même temps. Plus de cynisme, de désespérance sur la connerie et plus de joie enfantine. Plus de jolies filles et de créatures biscornues.

Il faut que je me choisisse des icônes disponibles... oui, des idoles disponibles, j'avais envie de faire le jeu de mot. Mais c'est vrai : Renaud éponge son foi et son coeur meurtris dans le sud, Fersen se ballade en Bretagne en pensant à un nouvel album, Beauvoir, Gabin et Gainsbourg sont morts et Sfar se fait la malle au fond de son atelier, comme Larcenet. Comme j'suis jeune et en S, j'ai encore besoin d'eux pour rêver mais eux ils ont pas tellement besoin de moi. Du coup ils s'en foutent un petit peu.
Pis j'veux pas faire ma grand-mère mais avec l'hiver qui se pointe, le chemin jusqu'au vacances risque d'être joyeux.

Bon je me tais, et je mets des photos pour me faire pardonner. Elles ont bien un an et demi, mais je les aime beaucoup parce qu'elles ont été faites en totale improvisation, un après-midi de beau temps.







mardi 30 octobre 2012

Dom Juan, Jean-Pierre Vincent, Comédie Française.

Titre sec pour pièce sèche. Ou plutôt pour mise en scène sèche, ce pauvre Molière n'a rien demandé à personne. J'annonce donc le ton, je n'ai pas aimé cette mise en scène. 

Tout avait bien commencé pourtant : Dom Juan, c'est la référence ultime de Molière, une de ses pièces les plus complexes, l'une de ses pièces les plus virulentes aussi et surtout l'une des plus subtiles. Ce soir là j'étais pleine d'espoir et de rêve, me disant qu'enfin j'allais apprécier un spectacle au théâtre éphémère - édifice impressionnant, dans la nuit bleutée derrière les colonnes de Buren... oui, tout portait à croire que j'allais passer une bonne soirée. 

La déception fut rapide. Le rideau s'ouvre. Sganarelle, imposant, s'avance avec des pages et le bon Gusman.    En y repensant, dès cet instant il y avait un défaut, le défaut qui perdure ensuite pendant presque trois heures : trop lent. Mais sur le moment, je n'ai pas reçu le signal, j'étais encore dans l'illusion (erreur humaine bien courante...). Et puis ce fut la première réplique, la tirade du tabac. Tirade difficile à jouer, difficile à comprendre mais drôle, provocante, et finalement pertinente (Molière quoi) - eh bien là ce fut... plat. Désespérément plat. 

Patiente, je me dis que bon, tant pis, c'est vrai qu'elle est pas facile cette tirade, attendons la suite - attendons Don Juan, et puis ça arrive qu'on ne soit pas convaincu tout de suite, ça arrive souvent même... 

Arrive Don Juan. Il a un costume tout bien jaune (pour faire l'or brodé comme c'est écrit exactement dans le texte), une perruque qui ne lui va extraordinairement pas, mais Loïc Corbery est bon, ça se voit ! Pourtant, pourtant quelque chose ne va pas. Je ne comprend pas immédiatement et ne peut qu'assister, bien triste, à la fameuse tirade de l'inconstance qui était l'une de mes préférées de tout ce que je connais du théâtre et qui en cet instant est plate, désespérément plate. Je me renfonçai alors dans mon siège en regrettant d'être venue, en maudissant mon siège en milieu de rangée, mais avec encore l'espoir et la persévérance de voir s'effectuer un déclic, une accélération, quelque chose ! Mais non, platitude, désespérée platitude. 


Il y avait tout de même un élément intéressant que je souhaiterais souligner : les décors. Splendides ! Originaux, plus ou moins utiles, en tout cas très sympathiques. Sauf les galets que l'on peut apercevoir ci dessus (non mais c'est parce que c'est Dom Juan ou Le festin de pierre, haha) qui font un peu superficiel. 

Je l'avoue : je suis partie à l'entracte. Mais que venait faire un entracte au cours d'une pièce comme Dom Juan ? Dom Juan c'est la fuite, la folie, l'enchaînement des évènements : on a pas le temps de respirer, on ne veut pas d'entracte normalement. Mais quand on ralentie la mise en scène au point que la pièce dure trois heures... Alors l'entracte était la preuve qu'il fallait que je parte. Vite. 

Comme je voudrais vous parler aussi de pièces que j'ai aimé, j'essaierai de faire un article sur Démocratie, en ce moment au théâtre 14 (c'est très très bien). Peut-être sur Six personnages en quête d'auteurs aussi, au théâtre de la Colline. Et puis il y avait Le roi se meurt avec Michel Bouquet au théâtre des nouveautés dont il faut que je vous parle parce que ça m'a impressionné. Bref, si un jour j'ai le temps de vous écrire, ô vous les trois personnes qui me lisez, je vous promet cette fois d'être enthousiaste.