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"Il ne faut pas juger les gens sur leurs fréquentations. Juda avait des amis irréprochables." VERLAINE*
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mardi 30 octobre 2012

Dom Juan, Jean-Pierre Vincent, Comédie Française.

Titre sec pour pièce sèche. Ou plutôt pour mise en scène sèche, ce pauvre Molière n'a rien demandé à personne. J'annonce donc le ton, je n'ai pas aimé cette mise en scène. 

Tout avait bien commencé pourtant : Dom Juan, c'est la référence ultime de Molière, une de ses pièces les plus complexes, l'une de ses pièces les plus virulentes aussi et surtout l'une des plus subtiles. Ce soir là j'étais pleine d'espoir et de rêve, me disant qu'enfin j'allais apprécier un spectacle au théâtre éphémère - édifice impressionnant, dans la nuit bleutée derrière les colonnes de Buren... oui, tout portait à croire que j'allais passer une bonne soirée. 

La déception fut rapide. Le rideau s'ouvre. Sganarelle, imposant, s'avance avec des pages et le bon Gusman.    En y repensant, dès cet instant il y avait un défaut, le défaut qui perdure ensuite pendant presque trois heures : trop lent. Mais sur le moment, je n'ai pas reçu le signal, j'étais encore dans l'illusion (erreur humaine bien courante...). Et puis ce fut la première réplique, la tirade du tabac. Tirade difficile à jouer, difficile à comprendre mais drôle, provocante, et finalement pertinente (Molière quoi) - eh bien là ce fut... plat. Désespérément plat. 

Patiente, je me dis que bon, tant pis, c'est vrai qu'elle est pas facile cette tirade, attendons la suite - attendons Don Juan, et puis ça arrive qu'on ne soit pas convaincu tout de suite, ça arrive souvent même... 

Arrive Don Juan. Il a un costume tout bien jaune (pour faire l'or brodé comme c'est écrit exactement dans le texte), une perruque qui ne lui va extraordinairement pas, mais Loïc Corbery est bon, ça se voit ! Pourtant, pourtant quelque chose ne va pas. Je ne comprend pas immédiatement et ne peut qu'assister, bien triste, à la fameuse tirade de l'inconstance qui était l'une de mes préférées de tout ce que je connais du théâtre et qui en cet instant est plate, désespérément plate. Je me renfonçai alors dans mon siège en regrettant d'être venue, en maudissant mon siège en milieu de rangée, mais avec encore l'espoir et la persévérance de voir s'effectuer un déclic, une accélération, quelque chose ! Mais non, platitude, désespérée platitude. 


Il y avait tout de même un élément intéressant que je souhaiterais souligner : les décors. Splendides ! Originaux, plus ou moins utiles, en tout cas très sympathiques. Sauf les galets que l'on peut apercevoir ci dessus (non mais c'est parce que c'est Dom Juan ou Le festin de pierre, haha) qui font un peu superficiel. 

Je l'avoue : je suis partie à l'entracte. Mais que venait faire un entracte au cours d'une pièce comme Dom Juan ? Dom Juan c'est la fuite, la folie, l'enchaînement des évènements : on a pas le temps de respirer, on ne veut pas d'entracte normalement. Mais quand on ralentie la mise en scène au point que la pièce dure trois heures... Alors l'entracte était la preuve qu'il fallait que je parte. Vite. 

Comme je voudrais vous parler aussi de pièces que j'ai aimé, j'essaierai de faire un article sur Démocratie, en ce moment au théâtre 14 (c'est très très bien). Peut-être sur Six personnages en quête d'auteurs aussi, au théâtre de la Colline. Et puis il y avait Le roi se meurt avec Michel Bouquet au théâtre des nouveautés dont il faut que je vous parle parce que ça m'a impressionné. Bref, si un jour j'ai le temps de vous écrire, ô vous les trois personnes qui me lisez, je vous promet cette fois d'être enthousiaste. 

samedi 14 juillet 2012

" Ainsi donc les avalanches se font quelquefois au moyen d'un caillou gros comme le bout du doigt."


Ce que j'adore, c'est que plus j'avance dans l'art (noble voie), plus j'ai de révélations. Ca fait maintenant deux ans que les électrochocs se succèdent, parfois avec quelques mois d'intervalles, parfois seulement une semaine, parfois quelques heures ! Lire Peter Brook  puis voir Lorenzaccio... mise en scène de la Comédie Française par Franco Zeffirelli. Avec, ô révélation doucereuse et fantastique, Francis Huster dans le rôle le plus incompréhensible (avec Don Juan) du théâtre français. Je dis incompréhensible parce que cette pièce fait partie du lot "à voir avant de lire mais à connaître avant de voir". Parce que cette pièce est complexe, riche, et que cette mise en scène (malgré quelques côtés un peu vieillots) met parfaitement en valeur tous les aspects de cet incroyable récit. D'autres en parlerons mieux que moi, et j'attendrai mon niveau bac+5 (et encore) pour analyser vraiment.




En fait je voulais parler des révélations. Chacune d'elle aboutit à l'ajout d'un maître, ou d'une direction. Il y a les vieux maîtres, ceux qui datent de l'enfance et sont simplement un héritage. Et puis il y a les nouveaux. Qui peuvent rester longtemps ou n'être qu'une passade. Sfar (on l'aura compris) est un maître. Comme Astier, comme Anderson, comme Baudelaire et comme Cyrano (celui qui est imaginaire). En revanche, Gainsbourg n'est pas un maître. C'est un frère imaginaire, un double, un diable, l'amour, l'orgueil et l'angoisse. 

Alors que Sfar c'est vraiment une personne qui m'en apprend chaque jour un peu plus. Brook est en passe d'en devenir un aussi, même si je ne connais encore pas bien son travail - quand je le lis en tout cas, j'ai l'impression que ma pensée s'accélère, que mon point de vue sur le théâtre évolue deux fois plus vite. C'est fantastique, c'est comme quand on est enfant, qu'on se demande comment fonctionne l'univers. Un jour on ouvre Le monde de Sophie et en un bouquin, notre pensée a poursuivit deux mille ans de réflexions. 

Finalement j'arrive pas à écrire sur les révélations. Y a peut-être pas tellement de choses à dire (on m'a appris qu'il ne fallait pas écrire "dire"), à part que c'est merveilleux. Qu'il m'en reste encore tellement à ressentir. Oui, tout ce qu'on pourrait écrire à propos des révélations, c'est à quel point c'est fantastique, cette sensation de choc, d'émotion profonde. L'envie qu'on a d'en parler à tout le monde, de leur crier " Mais regardez comme c'est formidable !" Et puis finalement le désir jaloux de la garder pour soi, de l'afficher dans son cerveau à côté des autres, et de pouvoir, bien tranquillement, quand on a rien d'autre à faire que penser, la regarder, la contempler, cette révélation qui nous a tant apporté. 

Et comme je ne manque pas d'orgueil, j'espère un jour provoquer des révélations. Ca serait chouette, super chouette. 

Mais en écrivant d'aussi gros pâtés désordonnés, je sais pas si ça va être possible. 


dimanche 8 juillet 2012

Un fil à la patte.

Hier soir, enfin ! Je me rendais au théâtre éphémère de la Comédie Française pour y voir le fameux vaudeville de Feydeau, dont j'avais tellement entendu parlé, notamment au Masque et la Plume où, quand ils s'y mettent, les critiques ne tarissent plus d'éloge pour la pièce, celle qu'ils ont élu "meilleure de l'année". 

J'adore le théâtre éphémère, j'adore la Comédie Française et ses comédiens, par contre Feydeau, j'adore moins. Alors voilà, c'était drôle, pleins de rebondissements, avec un jeu excellent - on était au théâtre, au "vrai" théâtre, celui de l'imaginaire collectif (je viens d'associer vrai et imaginaire et ainsi de nombreuses et stupides réflexions philosophiques viennent peupler mon esprit). C'est pourquoi j'ai eu l'impression que cette pièce aurait pu être jouée à l'identique ou presque il y a soixante-dix-ans. Et ça m'a déçue. 

Aujourd'hui le théâtre, même à la Comédie Française et peut-être surtout à la Comédie Française, pourrait se permettre d'aller chercher un peu plus loin. Pour Amphitryon, par exemple, sans aller dans l'expérimentation, le metteur en scène Jacques Vincey s'est amusé avec un décor machiné moderne et des costumes extravagants qui renouvelaient la pièce.


Mais dans Un fil à la patte, les costumes et les décors sont d'époque (oui, enfin presque). Le rideau s'ouvre, se ferme entre chaque acte. Les gags se suivent et se ressemblent. A un seul moment, et par le seul comédien (dont je deviens fan, il est aussi magnifique dans Amphitryon : Christian Hecq, le clerc ci-dessus et récompensé d'un Molière pour son rôle dans cette pièce) ayant ajouté du grotesque et du drôle à son personnage, le théâtre est mis en abîme, et la scène se retrouve brusquement en contact avec le public. Mais c'est tout ! Et ça m'a déçue. 


Peut-être que j'en demande beaucoup, mais il me semble qu'aujourd'hui on peut faire bien plus et bien mieux au théâtre, après toutes ces années. Quand je lis Peter Brook et puis que je regarde cette pièce, j'ai l'impression que rien a été fait. En forçant un peu le trait, c'est comme lire du Camus et du Sartre... et puis lire un Marc Levy : on se dit que tout ça n'a servi à rien.

Peut-être aussi que je ne vais pas au bon endroit pour ce que je recherche. Et puis, le divertissement n'est-il pas aussi une mission du théâtre et du roman ? Sans doute; je crois cependant qu'il n'y a pas que cela, et que si on croit au théâtre, on ne peut pas se contenter du vaudeville respecté à la lettre. 

Ca ne m'empêchera pas de retourner dans les salles de la Comédie Française à la rentrée car pour rien au monde je ne manquerai Antigone, Dom Juan et surtout, surtout, Cyrano de Bergerac.